L'histoire ancienne du Tibet est assez mal connue. Les découvertes archéologiques situent les premiers peuplements à la période mésolithique (12000 - 6000 av. JC).
1063 avant J.C. : naissance de Böntön Shenrab (ou Bönteun Shénrab) fondateur de la religion autochtone bön.
127 avant J.C. : début du règne de Nyatri Tsenpo, point de départ du calendrier tibétain officiel. C'est l'Année Royale Tibétaine. 18 rois régnèrent sur le Tibet avant le Roi Nyatri.
Jusqu'au V ème siècle, le pays était divisé en "principautés" (probalement sept).
VI ème siècle : réunion des "principautés" par le roi Nya Khri (roi probablement mythique). C'est également à cette époque qu'est fondée Lhassa. Les Tibétains cherchent à affermir leur position sur les zones frontalières de la Chine et de l'Inde.
L'histoire réelle du Tibet débute avec le règne du roi Songtsen Gampo (610-649), qui unifie le pays, puis annexe la Chine occidentale et oblige la Chine à demander la paix. De plus il demande et obtient en mariage une des princesses royales, la princesse Wencheng Konjo, qui sera "déifiée" sous le nom de "Târa verte", la "Târa blanche" étant la princesse népalaise Britsum, autre épouse du roi. Ces deux princesses vont jouer un rôle important puisqu'elles introduisent pour la première fois le bouddhisme au Tibet. Le roi Songtsen Gampo étend l'influence du Tibet jusqu'au Pamir et au Népal, et développe avec la Chine des relations de bon voisinage. C'est également sous son règne qu'est créée la langue écrite, par le ministre Thoumi Sambhota (essentiellement pour traduire, préserver et diffuser le Dharma), et que sont érigés les premiers édifices religieux.
755 : introduction du bouddhisme au Tibet. Le roi Trisong Detsen invite deux moines indien à Samye, pour y enseigner et construire un monastère.
763 : les forces tibétaines envahissent la Chine, et s'emparent (pour peu de temps) de la capitale Chang'an (l'actuelle Xian).
791 : le roi Trisongdétsen promulgue un édit faisant du Bouddhisme la religion officielle du Tibet.
822 : traité de paix avec la Chine, et érection d'un pilier commémorant ce traité à Lhassa (le Döring).
838-842 : révolte des adeptes du Bon (religion animiste développée au Tibet avant l'arrivée du Bouddhisme) contre le bouddhisme. Le roi Langdarma les bannit.
IXe siècle : l'unité du pays se désagrège, le bouddhisme disparait presque.
XIe siècle : nouvel essor du bouddhisme avec l'arrivée de nouveaux missionnaires venus d'Inde (entre autres Atisha et Marpa). La féodalité et la théocratie tibétaine se mettent en place: à côté de la noblesse, les monastères bénéficient d'une puissance accrue, tant sur le plan séculier que sur le plan religieux.
Début XIII ème siècle : Gengis Khan conquiert le Chine puis le Tibet.
1240 : des forces mongoles attaquent plusieurs monastères.
1247 : le premier empereur Mongol de Chine, Kubilaï Khan, reconnait le bouddhisme comme religion du Tibet et établit le Grand Lama du monastère Sakya comme souverain du Tibet.
1357-1419 : Tsong Kha Pa réforme et renforce le pouvoir religieux, et fonde la secte des Gelugpa (bonnets
jaunes).
1368 : à la chute de la dynastie Yuan (Mongols), les Ming "héritent" du Tibet.
Début XV ème siècle : apparition de la secte des Karmapas (bonnets rouges).
1447 : Gedhun Drup fonde le monastère de Tashilhumpo, et en est le premier abbé.
1578 : le prince mongol Altan Khan attribue le titre de Dalaï Lama eu troisième successeur de Tsong Kha Pa,
Sonam Gyatso, reconnu comme troisième incarnation de Gedhun Drup, et amène
sous son autorité la presque totalité des Mongols.
1617-1682 : 5ème Dalaï Lama, appelé "grand cinquième". Celui-ci étend l'influence du Tibet, et fait édifier
le Potala à Lhassa. Il fait don du monastère de Tashilhumpo au quinzième abbé, Choekyi Gyaltsen, qui prit alors le titre de IVe Panchen Lama, ses trois réincarnations précédentes ayant été reconnues comme Panchen Lamas, bien que n'étant pas de Tashilhumpo. 1642 : l'alliance des Mongols et de la secte Gelugpa permet l'établissement d'un gouvernement théocratique sous l'autorité des Dalaï Lamas.
1652 : le V ème Dalaï Lama et l'empereur de Chine établissent une relation réciproque : la Chine apporte sa protection temporelle au Tibet, tandis que le Dalaï Lama devient guide spirituel de l'empereur chinois. Début XVIII ème siècle : un conseil composé de membres de la haute aristocratie confisque le pouvoir temporel du septième Dalaï Lama.
1720 : l'armée des Qing chasse les Mongols de Lhassa. Les mandchous imposent un droit de regard impérial sur l'administration tibétaine, par la présence d'"ambans" (représentants de Pékin) à Lhassa.
1750 : le gouvernement du pays est de nouveau confié aux Dalaï Lamas. 1788 : pour des raisons économiques, les Gurkhas, redoutables guerriers népalais, entrent en conflit avec les tibétains ; cette guerre dure 4 ans, et s'achève par l'intervention d'un corps expéditionnaire envoyé par l'empereur mandchou Qian Long, qui refoule les Gurkhas. 1795 : mort de l'empereur Qian Long. Le Tibet regagne peu à peu sa liberté. 1842 : guerre contre le Ladakh ; la dynastie Qing ne s'implique pas dans le conflit. 1858 : guerre contre le Népal ; la Chine ne s'implique pas davantage.
1904 : les Britanniques, inquiets de l'expansion russe en Asie centrale, envahissent le Tibet.
1906 : Lord Curzon, le Vice-roi des Indes, signe à Pékin une convention bilatérale anglo-chinoise, qui reconnait la souveraineté de l'Empire chinois sur le Tibet, ainsi que le paiement d'une forte indemnité aux Britanniques pour le retrait de leurs troupes.
1907 : Russes et Britanniques concluent un accord par lequel ils s'engagent à ne pas intervenir dans les affaires tibétaines.
1910 : l'accord anglo-chinois pousse les Qing à envahir le Tibet. Le Dalaï Lama se réfugie en Inde.
1911 : renversement de la dynastie Qing par la révolution, et proclamation de la première république chinoise.
Le Dalaï Lama revient au Tibet.
1913 : le Tibet profite de l'instabilité en Chine pour chasser les chinois de Lhassa puis du pays, et pour proclamer l'indépendance, bien qu'au regard du droit international le Tibet reste sous la suzeraineté de la Chine.
1914 : conférence tripartite de Simla entre les représentants britaniques, chinois et tibétains, qui débouche sur une convention prévoyant l'autonomie du Tibet, la souveraineté de la Chine sur le Tibet intérieur et la définition des frontières ; la Chine ne ratifiera jamais cette convention.
1918 : la tension entre le Tibet et la Chine débouche sur un conflit armé ; la médiation des Britanniques permet d'aboutir à une trève en septembre. De nombreuses tentatives d'accord se succèdent les années suivantes, mais n'aboutissent pas.
1931 : reprise des combats entre le Tibet et la Chine. Le XIII ème Dalaï Lama gouverne le Tibet comme un état indépendant, en sollicitant l'aide de la Grande Bretagne ; les promesses de celle-ci ne furent presque jamais tenues.
6 Juin 1935 : naissance de Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï Lama.
1939 : Tenzin Gyatso est reconnu selon la tradition comme étant la XIV ème incarnation du Dalaï Lama.
7 octobre 1950 : Mao Tsé Toung lance 80 000 soldats à l'assaut du Tibet ; ni l'Inde ni la Grande Bretagne ne réagissent, et le Tibet est contraint de signer, le 23 mai 1951, l'accord en 17 points : cet accord reconnaît la souveraineté de la Chine populaire,en contrepartie d'un engagement chinois de reconnaissance d'une autonomie importante du Tibet pour les affaires intérieures, du maintien des droits du Dalaï Lama et du respect de la religion et des monastères. En octobre 1951, les troupes chinoises sont à Lhassa.
1953 : l'Inde reconnait le rattachement du Tibet à la Chine et retire ses troupes de la frontière.
1956 : institution d'un comité destiné à établir une constitution tibétaine. Le Dalaï Lama est nommé président et le Panchen Lama premier vice-président.
Le soulèvement : L'idéologie marxiste et les réformes hâtives,notamment des tentatives d'instauration de "communes populaires", ne pouvaient être acceptées par un peuple profondément religieux.
1956 : les premiers soulèvements se déclarent, accompagnés d'actions de guérilla, qui s'intensifient en 1958 à l'est du Tibet. Les autorités chinoises renoncent publiquement à l'instauration
des communes populaires, mais trop tard.
Mars 1959 : l'insurrection éclate à Lhassa. Le Dalaï Lama se réfugie en Inde, suivi par 200 000 tibétains, alors qu'une repression brutale s'instaure. Les autorités chinoises nomment le Panchen Lama à la tête de l'état. La guérilla continue quelques temps, avant d'être totalement écrasée. Le nombre de morts côté tibétain est estimé à 87 000.
21 octobre 1959 : l'assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution "déplorant la suppression des droits de l'homme au Tibet" ; une seconde résolution équivalente est adoptée le 9 mars 1961. C'est tout ce que feront les Nations Unies...
1964 : le Panche Lama est démis de ses fonctions.
9 septembre 1965 : le Tibet devient officiellement "region autonome de la république populaire de Chine" ; cette région autonome ne comprend que le Tibet central et occidental, le Tibet oriental et nord-oriental étant rattachés aux provinces chinoises du Xikang et du Qinghai.
1966-1976 : la révolution culturelle chinoises s'accompagne de terribles exactions contre la population, la culture et la religion tibétaines : des centaines de milliers de tibétains meurent abattus, déportés, torturés, "suicidés" ou victimesde la famine, tandis que presque tous les temples et monastères (soit près de 6000) sont détruits; on estime qu'un sixième de la population tibétaine a disparu du fait de la Chine. Des dizaines de milliers de tibétains s'enfuient à travers l'himalaya (au prix de pertes très sévères) pour se réfugier en Inde, au Népal et au Bhoutan. Le Dalaï Lama crée à Dharamsala,en Inde, le gouvernement en exil du Tibet.
1976 : mort de Mao Tsé Toung ; le carcan chinois va légèrement s'assouplir.
1978 : le Panchen Lama retrouve sa place au sein du régime. Les Chinois comptent visiblement sur lui pour ralier la population à une idéologie collaborationiste.
1984 : le pays est de nouveau ouvert au tourisme, quelques temples sont reconstruits ou restaurés et certaines fêtes religieuses sont tolérées.
juin 1987 : le Congrès américain adopte une résolution sur «les violations des droits de l'homme au Tibet par la république populaire de Chine» ; cette résolution demande l'ouverture d'une enquête, ainsi que l'ouverture d'un dialogue entre Pékin et le Dalaï-Lama.
24 septembre 1987 : Radio-Lhassa annonce l'exécution de deux Tibétains accusés de meurtre, mais considérés par leurs compatriotes comme des martyrs ayant milité pour l'indépendance du Tibet.
27 septembre 1987 : des moines du monastère Jokhang défilent dans les rues de Lhassa pour protester contre ces exécutions, et deux douzaines d'entre eux sont arrêtés.
1er octobre 1987 : plusieurs milliers de Tibétains manifestent dans les rues de Lhassa en réclamant l'indépendance du Tibet ; des bâtiments officiels sont incendiés, et les forces armées chinoises abattent six manifestants.
2 octobre 1987 : le Tibet est fermé au tourisme.
du 3 au 5 octobre : la police chinoise encercle les principaux monastères et procède à de nouvelles arrestations de moines.
6 octobre : soixante moines sont arrêtés au cours d'une grande manifestation demandant la libération des premiers moines emprisonnés.
11 octobre : expulsion des journalistes étrangers.
15 octobre : les forces chinoises ont la situation en main.
1988 : le Tibet est de nouveau ouvert au tourisme de groupe.
1988-1989 : des émeutes sont réprimées sauvagement par les autorités chinoises, et s'achèvent en bain de sang.
1989 : le prix Nobel de la paix est attribué à Tenzin Gyatso, XIV ème Dalaï Lama ; cette reconnaissance de son action inlassable et du bien fondé de la cause tibétaine est très mal perçue par les autorités chinoises, qui vont continuer de refuser tout dialogue, et menacer tous les gouvernements étrangers qui seraient tentés de le recevoir.
Le 28 janvier de cette même année, mort suspecte du X ème Panche Lama,après qu'il ait affirmé publiquement que les effets de l'occupation chinoise étaient plus néfastes que bénéfiques. Les chinois créent alors un comité de recherche de la réincarnation du Panchen Lama (dans le but probable de contrôler ce nouveau Panchen Lama, puisque c'est celui-ci qui sera amené a reconnaitre la prochaine incarnation du Dalaï Lama).
1993 : durcissement de la politique chinoise envers le Tibet : limitation de la liberté d'expression et d'opinion
(interdiction de détenir une image du Dalaï Lama, interdiction de manifestation, déclaration qualifiant le Bouddhisme d'"étranger à la culture tibétaine"), arrivée massive de colons chinois, arrestations arbitraires, tortures, viols...
14 mai 1995 : Gendun Choekyi Nyima, fils d'une famille de nomades de la région de Nagchu né le 25 avril 1989, est reconnu comme réincarnation du Panchen Lama par une commission nommée très officiellement par les autorités d'occupation chinoise, cette réincarnation cette réincarnation étant confirmée par Sa Sainteté le Dalaï Lama. La ferveur populaire autour de cette reconnaissance est très mal prise par la Chine, qui déploie ses forces armées, notamment à Shigatsé et dans les environs. Pourtant, les Chinois ne peuvent pas dénoncer l'enfant comme un faux Panchen, car la XIe Réincarnation a été découverte par une Commission de recherche instituée et parrainée par Pékin!
Juin 1995 : disparition du XI ème Panchen Lama ; les autorités chinoises nient tout d'abord retenir l'enfant, mais finiront par l'admettre implicitement. Gendun Choekyi Nyima détient donc le triste record d'être le plus jeune prisonnier politique au monde.
En même temps que lui, disparaissent une cinquantaine de personnes de son entourrage, dont Chadrel Rinpoché, abbé de Tashilhumpo et responsable de la commission de recherche.
29 novembre 1995 : le Parti Communiste Chinois désigne arbitrairement comme Panchen Lama un autre enfant, fils d'un membre du Parti Communiste chinois. |