Nous avons rencontré Jamyang Rinpoché, responsable du monastère de Kharnang, à diverses reprises depuis septembre 1998 au Nepal, au Tibet et en France. Le monastère de Kharnang se situe dans le Kham, district de Chendu, (au nord-est du Tibet historique), non loin de Kyegundo (ville aujourd’hui rebaptisée «Yushu » par les Chinois) à 30 heures d’autobus de Xining dans le Qinghai. Kyegundo (aussi jyekundo) est un petit centre niché dans une haute vallée à 3700 m d’altitude où l’on trouve un hôpital géré par les Chinois ainsi que des écoles. Quant au hameau de Kharnang, il est blotti entre les collines élevées du plateau tibétain à près de 4300 mètres d’altitude à 2 heures de route Kyegundo. Depuis la réorganisation administrative de 1954 par le gouvernement de Pékin, l’ancienne province tibétaine du Kham a été annexée aux régions chinoises du Qinghai et du Sechouan. Cependant, les sept mille nomades tibétains (Drokpa) de la région continuent d’essayer d’exister chez eux. L’hiver, ils rapprochent leurs tentes du monastère. En 1981, l’autorisation de reconstruire ce monastère détruit par l’occupant dès 1959 a été obtenue. Les Tibétains (moines et gens du village) ont d’abord entrepris une première reconstruction sommaire. Les murs de terre se lézardant, ils ont effectué une nouvelle reconstruction en 1994. On dit souvent que les monastères sont reconstruits pour des raisons touristiques. Il n’y a pas de tourisme dans cette région désolée et difficilement accessible. Il faut se garder des généralisations à propos d’un territoire sept fois grand comme la France. Il reste à espérer que l’administration de district ne se durcira pas de nouveau. Cette gompa est aujourd’hui un havre pour les quelque 300 moines qui y vivent à l’écart des Chinois sans être à l’abri d’une visite inopinée de la police. Il faut aussi savoir que les moines dont les plus jeunes ont sept ou huit ans, ne sont autres que les fils des nomades. Les filles vivent dans les tentes et passent la totalité de leurs journées à aider leur mère à traire les dri (femelle du yack) et à préparer beurre et fromage. ![]() ![]() La construction d’un dispensaire Les lamas ont beaucoup évolué depuis 50 ans. Ils se considèrent comme les serviteurs des nomades qui viennent chercher assistance auprès d’eux. C’est pourquoi ils ont entrepris de construire un dispensaire. En effet, les nomades qui vivent uniquement de leur troupeau et qui sont presque tous pauvres, répugnent à se rendre à Kyegundo à cause de la distance, des frais à engager (transport, hôtel) et de la somme prohibitive à déposer lors d’une entrée à l’hôpital (1200 yuans, soit 180 euros) qui est hors de proportion avec leurs revenus (un bon yack se vend 1000 yuans soit environ 105 euro ). Pourtant, diverses maladies sévissent sur ces hauts plateaux montagneux : maladies pulmonaires, hépatites, jaunisse (chimba), calculs biliaires, maux d’estomac, ulcères, cancers, tuberculose, maladie dite des gros os (Kashin-Beck), rhumatismes, paralysies inexpliquées. ![]() ![]() ![]() ![]() |